Prescription électronique – tout savoir sur la PEM2D

Par Gautier Hennequin Le mardi 11 juillet 2017

L’utilisation de la prescription électronique ou e-prescription a été désignée comme un élément stratégique pour améliorer la coordination des systèmes de santé européens. Elle est au cœur du développement de l’e-santé dans l’union. En 2017, avec la PEM 2D, la France lance une nouvelle expérimentation en la matière.

L’e-prescription est définie comme une prescription dématérialisée – c’est à dire déposée sur une plateforme sécurisée – de médicaments, de dispositifs médicaux, d’examens notamment biologiques ou actes de soins fait par un professionnel de santé légalement autorisé à exercer.

De nombreux pays ont déjà adopté la e-prescription. Les pays scandinaves sont les précurseurs en la matière comme au Danemark où ce type d’ordonnance est en place depuis les année 90. Ce procédé est utilisé systématiquement en Estonie, Suède, Croatie ou encore aux Pays Bas où la quasi-totalité des prescriptions sont dématérialisées. D’autres pays tel que l’Autriche, la Belgique ou bien l’Espagne instaurent progressivement ce procédé d’abord mis en place dans des régions teste.

 

La France a décidé elle aussi de lancer un programme test : La Prescription Electronique de Médicament 2D (PEM2D). Le ministère a retenu au niveau national le projet d’e-prescription de la CNAMTS et des syndicats de médecins et de pharmaciens.

Une première expérimentation est menée en 2017 sur une durée de 6 mois. Ce programme permet de mettre en oeuvre les résultats des travaux menés avec les médecins, les pharmaciens et les éditeurs de logiciels pour disposer d’un retour terrain sur les aspects organisationnels et techniques. L’expérimentation est menée dans 3 départements : Le val de Marne, la Saône et Loire et le Maine et Loire. Des éditeurs de logiciels médecin et pharmacien y prennent part dont Pharmagest avec le LGPI.

Les objectifs de cette première phase d’expérimentation sont:

  • Permettre de tester l’intégration du processus dans les logiciels des médecins et pharmaciens.
  • Permettre de tester de manière opérationnelle l’interopérabilité de toutes les bases de médicament.
  • Permettre de modéliser le processus entre médecins et pharmaciens.
  • Permettre sur un périmètre limité d’éprouver le dispositif entre médecins, pharmaciens et assurance maladie
  • Tester les outils d’accompagnement destinés aux acteurs sur le terrain ainsi que l’ensemble du processus support

Comment cela fonctionne ?

Les travaux avec les représentants nationaux des médecins et pharmaciens ont amené à faire le choix dans un premier temps d’une prescription de médicaments sans base partagée. La solution choisie s’appuie sur un QR Code (aussi appelé code 2D) imprimé par le médecin, lu par le pharmacien qui  transmet les données à l’Assurance Maladie.  Ce QR Code reprend les données de la prescription papier sous forme de données structurées et comprimées. Il est authentifié et signé par la Carte de Professionnel de Santé du médecin (CPS). L’exemplaire papier est donc pour l’instant maintenu. Un accompagnement permettra d’expliquer la présence du code 2D et son contenu.

Afin de répondre aux conditions d’exercice des médecins et des pharmaciens, les thématiques suivantes ont été approfondies avec leurs représentants et les éditeurs de logiciel :

  • La prescription de médicaments en Dénomination Commune,
  • La prescription de quelques dispositifs médicaux les plus utilisés,
  • La transmission de l’ensemble des données de la prescription (dont la posologie),
  • La possibilité de modification de la prescription par le pharmacien avec accord du médecin,
  • La disparition du duplicata de l’ordonnance.

Il n’y aura plus besoin de scanner l’ordonnance à l’Assurance Maladie.

Les données issues des codes 2D des prescriptions seront directement intégrées dans le logiciel métier d’officine.

Et la suite ? 

En fonction des résultats de l’expérimentation, ce système pourra s’étendre progressivement sur d’autres territoires puis être généralisé en y  introduisant de nouvelles possibilités :

  • Extension à tous types de prescriptions
  • Extensions aux Etablissements de santé
  • Extension à tous les Dispositifs Médicaux
  • Articulation avec le Dossier Médical Partagé

Par la suite, l’objectif est que le patient  puisse  récupérer et conserver sa prescription de manière dématérialisée.

Il s’agirait de s’inspirer du système le plus répandu à l’étranger.  Une fois le diagnostic posé après examen du patient, le prescripteur  peut déposer sa prescription dans une base de données sécurisée à l’aide de sa carte de professionnel de santé. La liberté de choix du patient est donc préservée par le fait que le patient dispose du libre choix de son prescripteur lequel est automatiquement authentifié via sa carte de professionnel de santé (CPS). Afin d’obtenir les médicaments prescrits, le patient donne sa carte vitale au pharmacien de son choix, cela impliquant nécessairement une base de données de prescriptions accessibles sur l’ensemble du territoire national.

Enfin le pharmacien à l’aide de la carte vitale du patient et de sa propre CPS peut alors accéder à la base de données et sélectionner la prescription électronique qui sera intégrée dans le logiciel d’aide à la dispensation. Il ne lui reste plus qu’à délivrer les médicaments après avoir effectué un contrôle strict de l’e-prescription et préciser les produits délivrés dans la base de données.

 

Quels avantages en retirer ?

  1. 1. La PEM permet d’améliorer la qualité des prescriptions pour le patient.

  • La PEM2D réduit le nombre d’erreur. Les ordonnances sont plus lisibles ce qui facilite le travail du pharmacien et évite de commettre des erreurs.
  • La prescription électronique permet surtout une meilleure accessibilité et traçabilité des traitements administrés. La dématérialisation permet une pérennité et une accessibilité aux données plus importante. Qui peut être cruciale en cas d’urgence.

 

  1. 2. Ce système permet de faciliter la communication entre les pharmaciens et les professionnels de santé.

  • La PEM assure une meilleure coordination entre les équipes médicales : le partage automatique des données de prescription permet d’optimiser l’intégration de la pharmacie dans le processus de prescription et de faciliter l’analyse pharmaceutique. En cas de modification de la prescription par le pharmacien celle-ci et les commentaires associés seront automatiquement accessible pour le médecin.
  • La PEM répond donc à un réel besoin. En effet, 92% des patients et  98% des pharmaciens sont convaincus de la nécessité d’une bonne communication entre équipe officinale et professionnels de santé. Mais seulement la moitié des pharmaciens estime qu’il est facile de joindre les professionnels de santé qui suivent leurs patients.*

*Enquête Avenir Pharmacie, Satispharma/Opinion Way mars 2017.

  1. 3. Permet de sécuriser la pratique médicale et de réaliser des économies

  • La PEM permet de lutter contre la fraude. Les enquêtes OSIAP (Ordonnances Suspectes, Indicateur d’Abus Possible) réalisées chaque année montre l’ampleur de ce phénomène difficile à quantifier. Il concerne le vol ou la falsification d’ordonnance. Avec une prescription dématérialisée et la signature CPS obligatoire, il semble bien plus difficile de frauder.
  • La dématérialisation est source d’économie. Elle pourrait permettre de diminuer le coût de traitement des ordonnances pour l’assurance maladie. Plus de 1,1 milliard de feuilles de soins sont traitées chaque année et leur nombre ne cesse de progresser. Selon la CNAMTS, le traitement d’une feuille de soins électronique ne coûte que 0,27€ en moyenne, contre 1,74€ pour une feuille de soins papier reçue par la poste. Il en résulte une économie de 1,5 Md€ environ par an (hors dépenses informatiques spécifiques, dont le montant total ne peut être isolé)*.

*Cours des comptes, rapport annuel 2010

  1. 4.Cette nouvelle pratique peut être source de services complémentaires.

La Suède est utilisatrice de ce type de prescription depuis maintenant 30 ans. Elle a mis en place dès 2004 un centre d’appel permettant d’obtenir des renseignements 24h/24 sur la prescription de médicaments ainsi qu’une délivrance de médicaments à domicile*. Lorsqu’un patient a l’habitude de se rendre dans une pharmacie spécifique il peut le mentionner dans l’ordonnance électronique pour avertir le pharmacien de la venue de son patient et préparer ou commander les médicaments nécessaires.

* An analysis of private pharmacies and their supply chains JOKOPING INTERNATIONAL BUSINESS SCHOOL


La prescription électronique semble donc incontournable, elle permet de bénéficier des avantages de la dématérialisation : accessibilité, instantanéité, traçabilité, gains de temps. Elle s’inscrit dans un mouvement de digitalisation de l’officine et du développement de l’e-santé qui lui aussi semble inéluctable. Pharmagest s’est donnée pour mission d’accompagner les pharmaciens au cœur de ces transformations en leur proposant des solutions innovantes pour répondre aux besoins de patients toujours plus connectés. Nous vous invitons à lire notre article “ les mots de la e-santé: 5 minutes pour tout comprendre” pour cerner en profondeur les mutations que connait l’environnement des officines.

Commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse ne sera pas publiée.