Qu’est-ce qu’un entretien pharmaceutique ?

Par myriam chiheb Le jeudi 6 avril 2017

Tour d’horizon de l’entretien pharmaceutique, de sa définition à sa mise en application, en passant par ses enjeux.

La loi HPST de juillet 2009 et la convention nationale de janvier 2012 ont marqué la volonté des pouvoirs publics de renforcer le rôle du pharmacien dans l’accompagnement des patients, notamment au travers de nouvelles missions et d’une évolution de son mode de rémunération. Les missions du pharmacien se sont donc élargies, l’entretien pharmaceutique en faisant pleinement partie.

Définition de l’entretien pharmaceutique

La convention nationale, organisant les rapports entre les pharmaciens titulaires d’officine et l’assurance maladie, a définit l’entretien pharmaceutique comme «l’un des principaux moyens permettant aux pharmaciens d’assurer la prise en charge personnalisée et optimale du patient ». Concrètement, c’est un rendez-vous que propose le pharmacien au patient atteint d’une pathologie définie dans le cadre de la convention de 2012 (Asthme et ACO) ayant pour objectif de l’accompagner dans le suivi de son traitement afin qu’il le comprenne, se l’approprie et y adhère. Ce rendez-vous est gratuit et confidentiel.

Pour le pharmacien ces entretiens sont l’occasion de :

  • renforcer son rôle de conseil, d’éducation et de prévention auprès de ses patients,
  • mettre en avant son expertise du médicament,
  • aider le patient à s’approprier et à adhérer à son traitement et évaluer son appropriation et ces connaissances sur celui-ci.

Quelles pathologies concernées ?

La convention nationale de 2012, donne priorité à l’accompagnement des patients suivant un traitement long d’anticoagulants oraux et plus particulièrement les antivitamines K 1. Pourquoi cibler cette pathologie? Car ces médicaments ont une marge thérapeutique étroite, si la prescription n’est pas suivie minutieusement, les conséquences peuvent être graves; un écart dans la prise peut augmenter significativement le risque d’hémorragie.

L’avenant n°1 à la convention parut en janvier 2013, fixe les modalités de mise en oeuvre du dispositif d’accompagnement par les pharmaciens des patients sous traitement chronique par antivitamine K. L‘avenant n°8 à la convention paru en juin 2016 vient élargir les entretiens pharmaceutiques à de nouvelles familles de médicaments. Ainsi l’entretien vise désormais tous les patients sous AOD (Anticoagulant oral par voie directe) et non plus uniquement les patients sous AVK, ce qui représente plus d’1 million de patient soit environ 45 patients par pharmacie.

 

Deuxième pathologie entrant dans le cadre des entretiens pharmaceutiques, l’asthme. Pathologie qui concerne 6,8 % de la population en France et dont la moitié des patients sont atteints d’un asthme dit «persistant» qui nécessite un traitement de fond à long terme, soit environ 90 patients concernés par officine. Ces derniers peuvent prétendre à l’accompagnement en officine. Le choix de l’asthme se justifie par le fait qu’un asthme insuffisamment contrôlé est à l’origine de crises fréquentes, d’hospitalisation et de décès.
L’avenant n°4 à la convention parut en novembre 2014 définit précisément les modalités d’adhésion du patient asthmatique au dispositif d’accompagnement.

La aussi l’avenant n°8 de juin 2016 ouvre le dispositif à une plus large population, l’entretien concerne désormais tous les patients asthmatiques et non plus seulement les patients asthmatique en initiation ou reprise de traitement.

Quels patients concernés ?

  • Patients sous ACO : concerne tous les patients majeurs sous anticoagulant oraux (ACO) dont la durée du traitement prévisible ou effective est > 6 mois seront concernés.
  • Patients asthmatiques : les patients éligibles au dispositif d’accompagnement sont ceux présentant une prescription de corticoïde inhalé, pour lesquels  la durée de traitement consécutive prévisible ou effective est supérieure ou égale à six mois.

Pour le patient, ces entretiens sont l’occasion d’en apprendre plus sur son traitement, de le comprendre, de comprendre les conséquences d’une mauvaise prise. Un patient bien informé a plus de chance d'être observant qu'un autre. Click To Tweet

Pour les patients asthmatiques, un patient plus observant aura des crises moins fréquentes et donc mécaniquement une meilleure qualité de vie.

Quel est l’objectif de cet accompagnement ?

  1. Améliorer l’observance des patients pour éviter les risques iatrogéniques : les accidents iatrogéniques liés à la consommation d’anticoagulants oraux sont par exemple responsables de 17 300 hospitalisations et de 4 000 décès.
  2. Améliorer la qualité de vie des patients. Pour l’asthme par exemple, un patient plus observant aura des crises moins fréquentes et donc mécaniquement une meilleure qualité de vie.
  3. Améliorer l’observance pour améliorer l’efficacité d’un traitement à long terme, c’est le cas pour un traitement sous antivitamines K.
  4. Valoriser la pratique individuelle du pharmacien, son rôle de conseil et son expertise des médicaments.
  5. Faire des économies : la non-observance est à l’origine de plus d’un million de journées d’hospitalisation et un coût de 9 milliards d’euros dépensés chaque année qui pourrait être évité

L’adhésion du patient à l’entretien

Dans le cadre de ces entretiens, le pharmacien doit obligatoirement recueillir le consentement du patient et déclarer ceux-ci sur le site de l’assurance maladie. Le patient est libre de choisir le pharmacien qui le suit, d’en changer en cours de suivi et de retirer son consentement à tout moment.

Combien d’entretiens ?

La fréquence et le nombre d’entretiens sont à adapter en fonction du besoin d’accompagnement du patient, de sa réceptivité aux messages transmis lors des entretiens déjà réalisées.
La convention stipule toutefois qu’il faut réaliser au moins deux entretiens pharmaceutiques annuels, au cours desquels le pharmacien informe et conseille le patient sur le bon usage des médicaments qui lui ont été prescrits dans le cadre de son traitement.

Ces deux entretiens pourront par la suite être complétés par un nouvel entretien ainsi que par deux évaluations mesurant l’observance du patient. L’avenant n°8 a introduit une nouvelle notion, le « suivi d’observance » pour permettre aux pharmacies qui le souhaitent d’adapter leur démarche d’accompagnement en fonction des besoins du patient. Ainsi, à compter de l’année N+1 et pour les années suivantes, l’accompagnement pourra donner lieu à un seul entretien annuel si complété par au moins deux suivis de l’observance sur l’année de référence.

Les engagements du pharmacien

Afin d’assurer le bon déroulé de l’entretien, le pharmacien doit notamment s’engager à :

  • Etre formé : il doit avoir les connaissances nécessaires à la tenue de l’entretien et s’engage à se former si nécessaire.
  • Assurer la confidentialité de l’entretien : la convention de 2012 indique que le pharmacien doit prévoir dans son officine, un espace de confidentialité isolé, de telle sorte que lorsque celui-ci discute avec le patient dans cet espace, le dialogue reste confidentiel.

Un nouveau mode de rémunération

La mise en place des entretiens pharmaceutiques est aussi l’occasion de découvrir un nouveau mode de rémunération. Cette rémunération est forfaitaire et est fixée à 40€ par an et par patient dès lors que le pharmacien réalise au moins deux entretiens pharmaceutiques au cours de l’année civile de référence ou au moins un entretien si l’adhésion intervient à compter du second semestre de l’année. A partir de l’année N+1 et pour les années suivantes, l’accompagnement pourra donner lieu à un seul entretien annuel, dès lors que seront réalisé au moins deux suivis de l’observance sur l’année de référence. Cet accompagnement donnera lieu à une rémunération sera de 30€ par an par patient pour la suite du suivi.

Le versement de la rémunération intervient au cours du début du second semestre N + 1.

A noter que la rémunération perçue pour un patient est limitée à une seule officine pour une année civile. Si deux pharmacies ont assuré des entretiens avec un même patient, c’est la première officine ayant déclaré la réalisation d’entretiens pharmaceutiques percevra celle-ci.

Si cet article vous a plu, n’hésitez pas à continuer votre lecture en téléchargeant notre livre blanc sur l’Observance ou en découvrant le Logiciel de Suivi d’Observance.

 

1 En effet, l’absence de référentiels relatifs au bon usage des nouveaux anticoagulants oraux, limite pour le moment la pratique de ces entretiens aux patients sous antivitamines K.

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